Les investissements dans des campagnes de vaccination sont de plus en plus importants à travers le monde, mais les coûts augmentent encore plus rapidement. Grâce à de nombreux bailleurs de fonds, les budgets alloués aux campagnes de vaccination nationales des pays où sont mis en place les programmes de GAVI Alliance ont pu s'adapter aux coûts toujours en hausse. Mais l'aide extérieure est volatile et, dans de nombreux pays, le déficit se creuse de manière importante. C'est dans un tel climat que la viabilité financière doit être atteinte.
La viabilité fiscale est la clé pour préserver les systèmes de santé publique et permettre aux populations de prospères et en bonne santé.
Tout comme le prône GAVI, nous sommes persuadés que l'autosuffisance économique doit être l'objectif ultime des programmes de vaccination nationaux. À court terme, de nombreux pays devront mobiliser leurs ressources propres comme des ressources extérieures et les utiliser efficacement afin d'atteindre leurs objectifs en matière de financement de la vaccination. Cette approche permet aux pays de développer des structures de financement sûres et à long terme tout en établissant des programmes de vaccination stables et hautement performants.
Nous mettons l'accent sur la performance. Chercher à cibler chaque enfant non vacciné coûtera probablement plus cher par habitant à un pays. Mais si la performance du programme est en baisse alors que le financement et la population ciblée restent les mêmes, ce pays finira par dépenser plus par habitant pour de mauvaises raisons.
Il est essentiel d'attirer de nouveaux investisseurs pour résoudre le problème de la viabilité. Ces nouveaux investisseurs peuvent être des investisseurs nationaux, publics comme privés, ou internationaux. Diversifier les donateurs aide à protéger les budgets nationaux contre des changements possibles du financement issu de la base des donateurs actuels.
Un programme de vaccination viable peut être établi de trois façons : (a) en augmentant les dotations gouvernementales nationales déjà allouées à la vaccination, c'est-à-dire les contributions des recettes générales ainsi que des assurances sociales ; (b) en trouvant de nouveaux financements à l'intérieur du pays provenant du secteur privé comme du secteur public ; (c) en trouvant de nouveaux financements extérieurs tels que ceux de nouveaux donateurs et ceux provenant d'un allégement de la dette.
Pour la plupart des pays, il n'est pas réaliste de mettre en place des programmes fiscalement viables à moyen terme en se servant uniquement des ressources actuelles du fait de la faiblesse de leurs économies ou d'une croissance pas assez soutenue. Augmenter les budgets de vaccination habituels aide à réduire les déficits et il semble que beaucoup de gouvernements aient pris cette décision. Ils peuvent également augmenter leurs recettes et/ou redistribuer des fonds publics provenant d'autres secteurs. Dans ce cas, ils doivent démontrer que les fonds alloués au programme de vaccination n'ont pas été détournés d'autres programmes de soins médicaux de base. Cette condition est connue sous le nom de « critère d'additionnalité ».
Tous les pays engagés dans ce projet sont en mesure de dégager de nouveaux financements nationaux provenant du secteur privé ou de nouvelles sources gouvernementales. Il est important d'accroître l'espace fiscal en attirant de nouveaux investisseurs tout en faisant en sorte que les bailleurs de fonds actuels maintiennent leur participation en cours, au minimum. Les dons du secteur privé peuvent être des dons en numéraire ou en nature. Les gouvernements locaux et régionaux peuvent également allouer de nouvelles recettes, particulièrement lorsque le programme de vaccination national est décentralisé.
La plupart des pays auront également besoin d'attirer de nouveaux financements externes de manière à assurer la viabilité du programme. Tout nouveau financement trouvé par un pays est également soumis au test d'additionnalité qui veut qu'une nouvelle aide financière allouée à la vaccination ne doit pas remplacer une aide actuelle, qu'elle vienne de GAVI Alliance ou d'une autre source. De même, les aides des nouveaux donateurs ne doivent pas entraîner une baisse du budget du gouvernement. (Le nouveau financement de programmes de vaccination n'est pas souhaitable si les sommes habituellement allouées à la vaccination par les gouvernements sont redistribuées à d'autres secteurs.)
L'allégement de la dette est une autre stratégie. Certains pays peuvent bénéficier de mesures multilatérales d'allégement de la dette, ce qui permet de libérer de nouvelles recettes gouvernementales et d'augmenter ainsi les budgets alloués à la vaccination. La Banque mondiale et l'Organisation mondiale de la Santé agissent actuellement en ce sens.
Quelle que soit l'origine des fonds supplémentaires, toutes les révisions de budget sont effectuées via un comité de coordination interorganismes ou des mécanismes gouvernementaux sectoriels.
Rendre les nouveaux vaccins moins onéreux représente un élément important pour la viabilité d'un programme de vaccination. Deux nouveaux mécanismes, la Facilité internationale de financement pour la vaccination (IFFIm) ainsi que les garanties de marché (AMC), permettent aux pays donateurs de garantir des fonds à GAVI Alliance en vue de futures commandes de vaccins et du développement de nouveaux vaccins. Ces deux stratégies permettent de réduire les coûts liés aux vaccins auxquels les pays membres du programme doivent faire face.
Des actions au niveau des pays sont également nécessaires pour garantir la viabilité des programmes de vaccination.
Dans un pays en voie de développement, les recettes budgétaires représentent généralement près de 18 pour cent du produit intérieur brut. Entre quatre et six pour cent des recettes publiques sont alloués aux programmes de santé, ce qui correspond à des dépenses moyennes de 25 dollars américains par habitant. Les pays où sont mis en place les programmes de GAVI sont conscients du fait que ce niveau est totalement inadéquat et se sont engagés à maintes reprises à attribuer jusqu'à 15 pour cent de leurs recettes budgétaires aux initiatives de santé. Cet objectif est tout à fait réalisable car, le revenu par habitant augmentant, les recettes représentent une plus grande partie du PIB et les dépenses médicales représentent une plus grande partie des dépenses publiques.
Une plus grande partie des recettes devrait être allouée au programme national de vaccination au sein du secteur de la santé, conformément au test d'additionnalité. Des ressources supplémentaires permettront :
Tout cela peut-il être réalisé en cinq ans ? Sabin est convaincu que c'est possible. La communauté internationale s'est déjà engagée à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement d'ici 2015. Dégager un financement viable pour la vaccination ainsi que pour d'autres services de santé primordiaux est une étape essentielle à franchir pour rester sur la bonne voie. Le programme de financement durable de la vaccination a pour but d'aider les pays qui ont décidé d'emprunter ce chemin.